Du point de vue de l'arbre

Lorsqu’on travaille avec des entités aussi vivantes et majestueuses que les arbres, nous nous devons de nous demander ce qu’ils « pensent » du fait de venir constituer une fuste…
Quel est leur avis sur le fait de venir vivre au côté des humains ?

 Longtemps, je me suis posé la question…

Mon esprit limité d’humain rationnel fit un nombre incalculable de suppositions sans que mon cœur ou mon âme ne puisse en valider une plutôt qu’une autre…
Et puis un jour, l’une des siestes magiques dont j’ai le secret m’endormit auprès d’un arbre… Etait-il particulier ?
Non, un pin, comme les autres… Un pin comme les autres; en apparence…

 

 

Il me souffla la réponse à mes questions dans ce rêve…
Les rêves ne se passent pas toujours comme on voudrait… Je fus d’abord malmené…

« Comment se fait-il, petit humain insignifiant, que tu te soucies de nos ressentiments ?» commença l'arbre d'un ton moyennement amical...

«Tu es comme les autres certainement… Tu passes toute ta vie à courir sans nous voir et le jour où tu daignes lever la tète, c’est pour évaluer notre quantité de bois avant de nous couper…»

Terrorisé par cette présence, je ne su que répondre, mais la vérité me sembla une sage option...
« Mon métier est de faire des maisons avec des arbres. Je suis fustier. Et je me soucie du point de vue des arbres depuis longtemps, sans savoir que penser…»

«Penser…» fit l’arbre… «C’est bien là ton problème… Tu penses et penses et repenses… Tu rêves, mais ton rêve n’est pas libre… Il est dicté par des lois qui ne sont plus celles de la nature… Pour comprendre, il ne faut plus penser avec ton cerveau, mais ouvrir ton cœur…»

 La leçon était rude, moi qui croyait savoir écouter la nature…

«Tu crois connaître la nature, mais tu ne la «vois» pas. Tu n’es pas connecté.»

«Pourtant il me semblait…» Fis-je penaud… mais l’arbre me coupa la parole et dit sèchement : «suis-moi»

Alors mon rêve s’accéléra, des lueurs dansantes bleues et mauves envahirent mon cerveau, comme si j’accélérais… Quelque chose semblait m’attirer hors de ma tête… Et puis tout se calma et la voix repris :

«Nous te connaissons petit fustier. Ton métier nous plait. Tu nous fais rire…»

«Ah bon, j’ai parfois mauvaise conscience de vous faire couper puis de vous entailler pour vous assembler entre vous…»

«Qu’est ce que tu crois ?

Crois tu vraiment que nous poussons à l’endroit où nous poussons par hasard ? Crois-tu encore que le bucheron ait vraiment le choix ?
Nous les arbres héritons d’une sagesse innée. Nous connaissons notre destin…

Ton analyse est engluée dans un mode de pensée tellement étriqué.

Sache que si nous poussons droit, pour certains d’entre nous, c’est exactement pour que l’homme puisse nous utiliser. L’homme est un mystère pour nous.

Vous êtes des Dieux, mais vous ne le savez pas. Vous possédez un corps qui véhicule votre âme. Votre âme est naturellement belle mais elle n’arrive plus à guider vos pensées. Vous ne savez plus écouter votre cœur. Vous avez créé des schémas de pensée collectifs tellement compliqués et coercitifs qu’ils vous empêchent d’écouter ou même d’entendre votre âme…

Si tu écoutais ton cœur, ou ton âme, peut importe comment tu l’appelles, tu saurais que nous les arbres trouvons amusant de servir dans vos maisons.

Nous aimons être utilisés. Nous aimons observer vos vies d’humains. Vous êtes des Dieux étranges. Votre pouvoir est immense, mais vous n’en n'êtes pas conscients… Notre énergie vous permet de moins vous déconnecter de la nature… Une tendance dangereuse à la fois pour vous et pour notre mère planète…»

Il y eu un silence et l'arbre repris :

«Alors oui, nous aimons apporter notre sagesse.

Combien de belles décisions ont été prises par des gens « éclairés » sur des bureaux en bois. A chacune de ces décisions, la nature était présente au côté de l’humain grâce à nous, les arbres. Mais combien de fois des décisions dramatiques furent prises sans notre présence. Vous créez des mondes artificiels dont la nature est bannie. Déconnectés du tout, vous laissez vos pensées réfléchies diriger le monde sans écouter le bon sens inné de votre cœur…

Nous ne pouvons agir sur la pensée. Nous ne sommes reliés qu’à votre âme… Encore faut-il que celle-ci ait un mot à dire dans l’influence de vos pensées !
Et c’est justement cela qui se fait de plus en plus rare.
Parfois nous sommes déconcertés par cette tendance qui devient un danger non seulement pour l’humanité mais aussi pour la planète…

Heureusement reste-t-il de vrais humains. Ceux là même qui vont permettre aux autres de se souvenir…
Tu en fais partie petit fustier. Tu as su écouter ton cœur pour changer de métier. Tu as du cœur quand tu parles de tes maisons.

Nous sommes heureux d’entourer, d’accompagner la vie des humains. Notre énergie est à leur disposition.
Ce que nous aimons le plus c’est que tu nous laisses notre forme d’arbre. Coupés en planches, notre énergie est elle aussi amoindrie. Là, dans tes « fustes », notre énergie est maximale. Pour peu que nous tombions sur un habitant un peu plus « ouvert » que les autres, ou un peu moins fermé… alors l’échange d’énergie peut se faire… et là, petit fustier, sache que l’énergie résultante est mille fois supérieure.
Donne ton énergie à un arbre, celui-ci te proposera toujours un échange… Et le résultat sera étonnant…

Voilà petit fustier pourquoi nous aimons tes maisons. Nous aimons que les gens donnent la vie à nos vieilles carcasses. C’est une belle deuxième vie…

La poussière nous attend au bout du chemin… Comme pour toute chose... Mais on aime tellement le rire des enfants, leur petits « graffitis » sur nos troncs, on aime les voir rêver en observant nos nœuds, nos formes parfois étranges à leur yeux pleins de malice et de rêves… On aime quand ils nous prennent pour des murs d’escalade… On aime quand ils nous confient leurs secrets, leur chagrins ou leurs joies...

Nous savons qu’eux n’ont pas perdu leur instinct… Ils sont encore connectés…

Alors, continue à faire ce métier et transmet le aux autres… Cela fait partie des métiers qui permettent aux humains de rester connectés au tout…C’est cela l’essentiel… »

 

Le réveil me laissa une sensation étrange… J’ouvris les yeux et vis là haut la cime du pin qui ondulait doucement dans le vent…

Le ciel était bleu, l’odeur de la pinède était partout. Toujours couché sur le sol, j’observais ces troncs majestueux monter vers le ciel comme des canaux d’énergie. Je su, j’eu la conscience instantanée et universelle que tout était relié. Je faisais partie du tout…

Depuis ce rêve, je ne regarde plus les arbres de la même façon.
Depuis ce rêve, un sentiment de plénitude ne m’a plus quitté…

Mais était-ce un rêve ? Allez savoir… !

 
Bois Sauvage