L’acajou d’Amérique mieux protégé

acajou

Très prisé en Amérique du Nord, l’acajou d’Amérique est très menacé dans les forêts d’Amérique du Sud. Son classement à l’annexe II de la convention de Washington devrait permettre d’assurer sa protection au Sud en contrôlant la demande du Nord.

Le Guatemala et le Nicaragua ont fait valoir leur position lors de la 12è conférence des parties de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), qui s’est tenue au Chili du 3 au 15 novembre. Les deux pays d’Amérique centrale ont obtenu le renforcement du contrôle du commerce international de l’acajou d’Amérique (Swietenia macrophylla) mieux connu dans les pays anglo-saxon sous le nom de Brazilian mahogany. L’acajou d’Amérique est ainsi inscrit à l’annexe 2 de la convention CITES. Ce niveau de protection impose, comme pour les espèces inscrites à l’annexe 3, la délivrance de documents d’exportation par les autorités des pays producteurs. Mais, à la différence des documents délivrés dans le cadre de l’Annexe 3, les permis d’exportation CITES ne seront délivrés que s’il est possible d’apporter la preuve scientifique que l’exportation ne porte pas préjudice à la survie de l’espèce. Par ailleurs, dans le cas des pays membres de l’Union Européenne, un permis d’importation sera également requis.
Bref, le commerce international de l’Acajou n’est pas interdit (cas de l’annexe 1), mais il est très fortement réglementé aux deux bouts de la chaîne commerciale.

L’acajou pousse dans les forêts tropicales sèches qui sont particulièrement vulnérables à la déforestation. Son aire de répartition naturelle est vaste, elle s’étend du Mexique jusqu’au Pérou en passant par le Brésil, la Colombie et la Bolivie, mais l’espèce est très disséminée (un arbre pour 10 ha environ).
De plus Swietenia macrophylla exige des conditions naturelles très particulières pour se régénérer et, de ce fait, résiste mal à la concurrence des autres espèces après l’ouverture du couvert végétal. Autant de raisons qui ont conduit à sa quasi disparition dans de nombreuses régions. En ce sens, l’acajou apparaît comme l’espèce emblématique, victime désignée de l’exploitation forestière de type minier incompatible avec les principes d’une gestion forestière durable qui assure la régénération de la forêt.

Le renforcement de la protection de l’acajou d’Amérique était aussi présenté comme une nécessité du fait que les 6 pays d’Amérique du Sud qui avaient classé l’acajou à l’annexe 3 en 2013 estimaient ne pas être en mesure de juguler les coupes illégales.
Il faut dire que cette essence de bois précieux a une très grande valeur marchande. Aux USA qui, avec plus des deux tiers des 150 000 m3 commercialisés par an, sont de loin les premiers importateurs d’acajou d’Amérique, un m3 de sciage se négocie à environ 1600 dollars. On comprend dès lors que le bois d’acajou puisse susciter des convoitises et des débordements dans des pays où la valeur d’un seul arbre peut représenter plusieurs fois le salaire mensuel moyen.

Face au puissant effet d’aspiration du marché Nord Américain, les moyens de contrôle des pays producteurs apparaissent souvent bien faibles.
Le classement de l’acajou à l’annexe 2 devrait ainsi permettre de mieux répartir la charge de la responsabilité du contrôle du commerce de cette espèce. Reste toutefois à savoir si les principaux pays importateurs joueront le jeu en imposant un permis d’importation comme en Europe ?
D’autant que les auteurs de la proposition, le Nicaragua et le Guatemala, attirent l’attention sur les détournements déjà constatés de la réglementation existante. Ainsi la République Dominicaine s’est soudainement hissée au deuxième rang des pays importateurs d’acajou après le classement, en 2013, de l’acajou en annexe 3. Elle servirait, semble-t-il, de porte d’entrée dérobée pour répondre avec des bois d’origine douteuse à la demande des USA que l’offre licite ne suffit pas à satisfaire.

Quoiqu’il en soit, les ONG écologistes n’ont pas manqué de saluer ce renforcement de la réglementation internationale comme une victoire.
Du côté des utilisateurs européens, l’accueil est plus tempéré. La mesure toutefois ne les affectera pas directement puisque les importations d’acajou y sont très marginales depuis que la Grande-Bretagne a fortement réduit ses approvisionnements.

Mais l’inscription de l’acajou à grandes feuilles en annexe 2 pourrait ouvrir une brèche. C’est la première fois qu’elle s’applique à une espèce commerciale. Il faut savoir, en effet, que les six espèces déjà inscrites à l’annexe 1 et les douze autres espèces d’arbres classées à l’annexe 2 sont toutes des essences marginales ne faisant pas l’objet d’un réel commerce. L’affaire de l’acajou ouvre donc un nouveau contexte : celle où les priorités de la conservation de la biodiversité peuvent l’emporter sur ceux du commerce. Autant dire que les professionnels redoutent que d’autres espèces suivent la voie de l’Acajou.
Mais ce qu’ils craignent le plus c’est que le débat puisse se mener dans la même confusion que celle qui a prévalu durant près d’une décennie autour de l’acajou d’Amérique. Les données scientifiques étaient très incomplètes, voire contradictoires, comme la souligné encore le Brésil au Chili.
Les professionnels des filières bois internationales auraient donc sûrement intérêt à profiter de la leçon pour examiner avec attention les situations particulières de chacune des espèces commercialisées. La biodiversité, comme la place du bois pour le développement économique des pays tropicaux, sont des questions trop importantes pour ne pas être abordée avec le minimum de sérénité nécessaire.

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