Quand la forêt et la ville se rejoignent

foret ville

L’intégration des forêts péri-urbaines dans la dynamique des villes est une problématique nouvelle en Europe. Soucieux de cerner les attentes du public, les gestionnaires s’interrogent sur l’identité et les valeurs attribués à ces nouveaux espaces.

La campagne est un horizon conquis sur la forêt, ce territoire où pendant des générations, c’est la charrue, plus que la hache, qui a dicté sa loi.
De cette rivalité, la ville s’est discrètement inspirée, sans y prendre part.  » Regardez la France des campagnes au milieu desquelles s’installent des villes à la façon des clairières dans les forêts.  » C’est en ces termes que Lucien Febvre esquissait la genèse de la civilisation européenne dans son cours au Collège de France en 1944. La lente conquête de la campagne par les villes n’a pas aboli l’ancienne tutelle agraire sur la forêt. En 2003, la politique forestière est toujours l’apanage, au Ministère de l’Agriculture, de la Direction de l’Espace rural et de la Forêt. Mais les symboles de l’autorité sont parfois trompeurs. Les mots cachent parfois une toute autre réalité.
Un peu partout en Europe, des forêts échappent à l’emprise du monde rural. En France, centralisme oblige, la concentration des activités en Ile-de-France et l’urbanisation en ont largement modifié la carte. Nouvelles banlieues,  » suburbanisation « ,  » rurbanisation « ,  » péri-urbanisation « … Les experts ont inventé un vocabulaire pour définir cette dynamique qui s’accélère et gagne les métropoles régionales.

La croissance urbaine implique l’incorporation de nouveaux territoires dans le système de la ville. À ce jeu, les espaces et les activités agricoles apparaissent les plus fragiles. Les forêts, quant à elles, résistent. Même dans les zones les plus industrialisées. L’agglomération parisienne, par exemple, a conservé une importante ceinture verte héritée des forêts royales. La forêt couvre encore 23 % de la région capitale et même 8 % des Hauts-de-Seine, son département le plus développé. Une belle revanche ! Après un millénaire de sujétion quasi exclusive à la ruralité, la forêt s’impose, ici et là, comme une composante des espaces urbanisés. Et de l’urbanité même devrait-on dire.

Sur ce point, la France ne fait pas exception. Un peu partout en Europe, les grandes agglomérations cherchent à intégrer les espaces forestiers dans leurs politiques d’urbanisme et de développement socio-économique. Quelque peu perplexes devant ces nouveaux territoires, les autorités locales et les gestionnaires en appellent aux spécialistes des sciences sociales pour évaluer le potentiel des zones boisées urbaines et des forêts  » péri-urbaines  » et sonder les aspirations de la population.

En Angleterre, la région du Nord-Est mise sur le programme England’s Community Forests. Objectif : intégrer les forêts dans le tissu social et urbain entre les bassins industriels gravement affectés par la crise et le chômage.
Autre exemple, la forêt de Soignes, près de Bruxelles, fait figure de laboratoire à plus d’un titre. Principale forêt d’agrément pour les habitants de l’agglomération bruxelloise, elle représente 60 % des espaces verts ouverts au public. Y assurer conjointement le développement des activités récréatives et éducatives et la protection de la biodiversité constitue un véritable défi. En outre, depuis la régionalisation du pays en 1984, elle est partagée entre les trois régions aux caractéristiques humaines, politiques et législatives différentes.

Autour de cette thématique, des réseaux universitaires se sont constitués à travers l’Europe. Le programme Neighbourwoods, par exemple, réunit sous l’égide de l’European Forest Institute, en Finlande et du Danish Forest and Landscape Research Institute, des équipes de chercheurs britanniques, belges, italiens et suédois. Soutenu par la Commission européenne, ce programme résolument pluridisplinaire vise, selon les termes de son porte-parole, le Professeur Alan Simon de l’université de Leeds,  » à améliorer la qualité du cadre de vie et l’environnement par la mise en œuvre de nouvelles méthodes d’insertion sociale, de gestion et d’aménagement des zones boisées urbaines. « 

En France, c’est l’Office National des Forêts, gestionnaire des forêts concernées par cette nouvelle problématique, qui a impulsé le mouvement, en s’inscrivant également dans une perspective internationale. Soucieux avant tout de  » mieux cerner les attentes du public « , l’ONF a choisi d’élargir son champ d’investigation au-delà des massifs de Fontainebleau et de Sénart, en nouant un partenariat avec son homologue suédois et les municipalités de Hunninge et de Haninge, près de Stockholm.

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